« La réception de la peinture chinoise en Occident (XVIIè-XVIIIè siècles) » par Chang-Ming Peng – Colloque Chine- Europe du 21 octobre 2016

Dans le cadre du colloque international sur « Les échanges artistiques comme vecteurs culturels entre la chine et l’Europe aux XVIIè et XVIIIè siècles.

« La réception de la peinture chinoise en Occident (XVIIè-XVIIIè siècles) » par Chang-Ming Peng – le 21 octobre 2016,

11h15.

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La professeure en histoire de l’art contemporain et muséologie, Chang-Ming PENG met en regard peinture chinoise et occidentale. Un écart riche d’enseignement. Photo : Virginie Chrétien – le 21 octobre 2016

La peinture chinoise au XVIIIème siècle a souvent été décriée, dénigrée par l’occident, explique la professeure en histoire de l’art contemporain et muséologie, Chang-Ming PENG. Au regard des conventions et canons occidentaux, les estampes et dessins chinois sont considérés comme imparfaits, dénués de qualités picturales.

« Les chinois ne savent pas peindre à l’huile ni mettre des ombres à ce qu’ils  peignent », écrit le missionnaire jésuite Mattéo Ricci. Ainsi, poursuit l’homme d’église « toutes leurs peintures sont mortes et sans aucune vie ».

On leur reproche beaucoup… Un tracé trop sobre. Un rendu plat. Une technique simpliste, déficiente, trop dénudée… Ou encore cette absence flagrante de perspective et ce manque de modelé si chers aux occidentaux. Aussi ces œuvres sont-elles interprétées comme étant l’aboutissement d’un savoir-faire primitif, le produit d’une volonté enfantine, le résultat d’un amateurisme, le fruit d’une habileté défaillante.

Dong Qichang - Pavillon de chaume de Wanluan. 1597. Rouleau portatif - Libre de droits.

Dong Qichang – Pavillon de chaume de Wanluan. 1597. Rouleau portatif – Image libre de droits le plus proche des dates évoquées.

Pire, certaines critiques se font ironiques, mordantes. Dès lors, la lanière du verbe se noue-t-elle avec le cuir du qualificatif en des coups de fouet si corrosifs, si acides, si agressifs qu’ils claquent en d’âpres rappels d’un Occident sûr de sa supériorité – infatué – dominateur. Ainsi l’explorateur John Barrow n’hésite-t-il pas à indiquer dans son « Voyage en Chine », combien les peintres chinois  sont de « Misérables barbouilleurs  […] incapables de peindre avec correction». Certes leur reconnaît-il un certain talent esthétique, une compétence à imiter avec exactitude des oiseaux, et ce, dans de beaux coloris. « Ce sont », évoque le prêtre espagnol Juan González de Mendoza de « grands peintres de feuillages comme on peut le voir par les lits et les tables qui s’apportent de leur pays ».  Bref, de simples exécutants disposant certes – on veut bien le leur accorder – de quelques talents imitatifs et illustratifs, et même – allez, on le concédera également – de merveilleux peintres d’intérieurs, voire des artisans susceptibles de générer d’élégantes images… Mais attention, cela reste des décorateurs du dimanche tout de même… En gros et en détail, des praticiens divertissants, des mains  habiles dans les ornements… Bref, tout sauf des artistes. Raison pourquoi, insiste John Barraow, ils « n’ont pas cet effet que ne manque pas de produire l’art d’employer avec habileté les jours et les ombres. »

Ultime cerise piquée sur le cure-dent de l’aigre cocktail, l’architecte écossais William Chambers ajoute :   Les  « Pièces [sont] certes touchées avec l’esprit mais elles sont trop incorrectes et trop défectueuses pour mériter une grande attention. »

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Heureusement, la spécialiste en art, Chang-Ming PENG, rétablit toute la profondeur des estampes et gouaches chinoises. Un style si particulier, développe-t-elle, qu’il associe l’élan intellectuel  à la représentation d’une nature sobre, pure et dépouillée.

Car, oui, ce que recherche la peinture lettrée à travers le paysage, c’est l’unité harmonieuse. Et, contre toute attente, il s’agit bien d’un art intellectualisé. D’un travail pensé – pesé – voire même calibré. D’une peinture située au carrefour de l’image et de l’écriture – où l’esprit, par la délicatesse du geste de l’artiste mais également – et surtout – son extrême précision, communie avec les éléments.

Ode à la grenade et à la vigne vierge- Shen Zhou - peinture - et Wang Ao -poésie- 1506_Detroit_Institute_of_Arts

Ode à la grenade et à la vigne vierge- Shen Zhou – peinture – et Wang Ao -poésie- 1506_Detroit_Institute_of_Arts

Le sacré passe par une qualité de trait épuré – le Xie Yi – un souffle en prise directe avec les énergies (conciliant terre et ciel, si vous voulez) permettant d’exprimer et d’écrire l’idée dans un espace profane.

La quintessence du geste s’acquiert par la maîtrise d’une technique subtile, tout en contrainte libre : Le saisissement à travers un dessin extrêmement codifié d’un état flottant.  Le trait se veut alors immédiat, fulgurant, inspiré, sans repentir, véritable respiration générant la circulation du souffle.

Une inspiration prise à bras le corps, unissant peinture, calligraphie et poésie.

Une représentation philosophique et spirituelle du monde tendant vers une forme d’abstraction.

Il existe, poursuit la conférencière Chang-Ming PENG, un deuxième type de peinture. Celui-ci est de nature professionnelle, celle où le Gong Bi – le travail du pinceau – cerne le contour des formes accompagnées de dégradés.

Enfin, un troisième type est davantage artisanal – décoratif – ce dernier étant malheureusement méprisé lui-même par les lettrés chinois ;

Le sabre des clichés n’en finit décidément pas de trancher de sa lame longue et aiguisée.

 

Virginie Chrétien

 

 

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Colloque international LES ÉCHANGES ARTISTIQUES COMME VECTEURS CULTURELS ENTRE LA CHINE ET L’EUROPE AUX XVIIe ET XVIIIe SIÈCLES